Étre accompagné

Le deuil ne peut pas se vivre seul. Aussi est-ce un devoir fondamental de soutenir les personnes qui le vivent. Il faut prendre l'initiative d'aller vers elles. Bien sûr il n'est pas question de les déranger, encore moins de les envahir. Elles savent dire ou montrer quand elles ont besoin de moments de solitude.Mais elles attendent toujours qu'on leur tende la main, c'est à dire qu'on vienne près d'elles pour les écouter et leur parler, mais surtout les écouter.

 

C'est donc l'entourage immédiat, la famille proche et plus éloignée, les amis, les voisins, tous les proches qui sont les premiers intervenants naturels. Il ne faut pas oublier qu'ils sont eux aussi également en deuil plus ou moins profondément selon l'importance de leur lien avec celui qui est mort. Cette communauté du deuil dans l'entourage proche est une aide mais elle a ses limites. Exprimer et partager son chagrin est la chose la plus naturelle et la plus bénéfique. les proches qui le partagent sont près à l'accueillir. Mais chacun vit son deuil à sa façon. Il est habituel que, par souci et respect des autres, la personne en deuil en arrive à essayer de retenir ses larmes et à garder ses plaintes craignant d'alourdir le chagrin de ses proches. Aux moments de communion dans la souffrance succèdent des temps de silence lourd. Ne laissons pas cette atmosphère crispée s'installer : il est temps de penser à chercher de l'aide à l'extérieur. Parfois les connaissances et les proches veulent encourager par quelque parole réconfortante qui peut se révéler bien maladroite malgré la meilleure bonne volonté du monde. La personne en deuil n'ose pas réagir mais elle bout intérieurement et sent enfoncée davantage dans la solitude de l'incompréhension.

 

Même bien entouré - ce qui n'est évidemment pas toujours le cas - le deuil est une grande épreuve de solitude qui se vit seul à l'intérieur de soi. Mais pourtant on attend tellement des autres mais on n'ose pas leur demander; on voudrait qu'ils prennent l'initiative. Au bout de quelque temps, les tensions voire les conflits qui existaient avant dans la famille remontent à la surface après la trêve des jours des funérailles. Mais même dans les familles unies où l'on essaie de s'épauler dans la peine, on n'ose plus, au bout de quelque temps, trop s'appuyer sur l'autre qui, pense-t-on, souffre déjà bien assez.

 

Alors demander de l'aide à l'extérieur?

 

Ce n'est pas une démarche habituelle. Le deuil qui, il y a un siècle, était essentiellement social est devenu une affaire privée, familiale. Le deuil est intime : que peuvent venir y faire ceux qui ne sont pas concernés? C'est une période de grande fragilité où la tendance naturelle est de se renfermer plutôt que de s'ouvrir aux autres. Il est bien difficile de se reconnaître faible et davantage encore de le montrer aux autres en leur demandant de l'aide. La plupart des gens estiment qu'ils sont assez forts pour s'en sortir tout seuls. La survenue ultérieure de complications pourra éventuellement les décider à aller consulter.

 

Si la personne en deuil s'éloigne de ceux qui l'ont blessée et de ceux qui ont montré de l'indifférence, elle vient volontiers près de ceux qui ont vécu un deuil et qui lui semblent s'en être bien sortis. Elle cherche des repères et se sent mieux comprise. Cette aide naturelle peut être précieuse mais elle peut aussi, certaines fois, être limitée voire pernicieuse si l'aidant cherche à prendre de l'ascendant sur celui qui souffre. Les malheureux en souffrance sont des proies faciles pour les pervers de tout genre.

 

Ami, conseiller, confident certes sont utiles s'ils ont suffisamment d'humanité, d'empathie et de respect d'autrui. Mais finalement et bien souvent la personne en deuil arrive chez son médecin généraliste qui peut avoir été également celui du défunt. Les médecins formés et habitués à l'action ont aussi appris à écouter les plaintes de leurs patients et le plupart acceptent volontiers de consacrer quelque temps à l'écoute des endeuillés. Encore faut-il qu'ils acceptent d'être impuissants ce qui n'est pas dans leurs habitudes et qu'ils évitent de médicaliser, de pathologiser la situation, par exemple en prescrivant prématurément et intempestivement des médicaments qui pourront, certaines fois, s'avérer utiles en deuxième intention.

 

A l'exception des derniers sortis des facultés de médecine, les médecins ont fort peu appris, durant leurs études, sur la mort et le deuil. Leurs connaissances sont empiriques ce qui ne signifie pas qu'elles sont sans valeur. C'est l'expérience de la vie qui les a enseignés. Ils ont appris de leurs propres deuils, de ceux de leurs proches et de ceux de leurs patients. Mais chaque deuil est différent. Certes des connaissances et de l'expérience sont nécessaires pour accompagner. Mais les qualités de présence, d'intuition, d'écoute, de compassion sont tout autant indispensables. Le médecin généraliste, le médecin de famille s'il veut être utile ne doit pas être un guide ni un thérapeute mais un écoutant chaleureux dont la présence redonne confiance.

 

Que le médecin ne se sente pas compétent, qu'il n'arrive pas à trouver le temps de l'écoute, soit que la situation de deuil soit inhabituelle et grave il orientera la famille vers un spécialiste psychiatre ou psychothérapeute. Mais ses référents habituels dans cette spécialité n'ont pas nécessairement les connaissances particulières nécessaires dans ce domaine. Par exemple la neutralité bienveillante qui conduit ces praticiens à être très économes de leurs paroles n'est pas de mise dans les entretiens avec les personnes en deuil. Il ne s'agit pas non plus d'instaurer d'emblée une psychothérapie qui parfois se révèle utile dans un second temps. De même il est tout à fait contre-indiqué d'allonger un endeuillé récent sur un divan même si une psychanalyse pourra être décidée à la sortie du deuil. Dans tous les domaines, il est important de savoir à qui on adresse les gens, ce qui est encore plus impératif lorsqu'il s'agit de personnes en souffrance, en deuil. En fait concrètement les médecins et thérapeutes du corps et de l'âme sont amenés à prendre en charge des deuils compliqués et pathologiques car on est alors entré dans le domaine du soin.

 

 

Des associations se sont crées depuis quelques années pour apporter aide et soutien aux personnes en deuil. D'autres qui avaient un but plus général d'aide aux personnes en difficulté ont décidé d'accueillir également les endeuillés après suicide. Un bon nombre d'associations de soins palliatifs se sont également préoccupées peu à peu de ces personnes. Les soins palliatifs en effet, dans leur définition même, ont pour vocation de tenter de répondre aux besoins des personnes en fin de vie mais aussi de leur entourage et des équipes qui s'en occupent avant, pendant et après la mort. Toutes ces associations se trouvent dans le répertoire mis à votre disposition sur ce site.

 

Ce sont des associations loi de 1901 sans but lucratif constituées essentiellement de bénévoles dont certains sont par ailleurs des professionnels. Ces bénévoles sont soigneusement sélectionnés, formés et supervisés. Ils travaillent en équipe en relation avec les responsables. En sont exclus ceux qui n'ont pas assez avancé dans leur deuil personnel pour être en état de pouvoir aider les autres et ceux qui souffrent de troubles psychologiques et/ou de troubles de la personnalité. La formation des bénévoles est longue et exigeante; elle repose en bonne partie sur le parrainage par les anciens. La formation continue est également une exigence à laquelle les futurs bénévoles souscrivent. La supervision consiste en des réunions mensuelles animées par un psychologue expérimenté extérieur à l'association au cours des quelles les bénévoles peuvent partager leurs vécus et leurs difficultés dans l'accompagnement des personnes en deuil, en particulier les situations délicates. Ces bénévoles des associations spécialisées dans le deuil acquièrent ainsi une réelle compétence dans le domaine que bien des professionnels n'ont pas. Et ils ont l'avantage insigne de travailler en équipe tout en étant bien entourés. 

 

L'aide associative est d'abord l'écoute téléphonique. Les personnes en deuil peuvent appeler sur un numéro dédié qui se trouve dans le répertoire. Elles sont accueillies sur certaines plages horaires en dehors desquelles elles peuvent laisser un message et être rappelées. Certaines préfèrent prendre contact par email. Ce premier contact téléphonique peut se renouveler mais le bénévole proposera bientôt une rencontre sous forme d'entretien si la personne en deuil habite dans le secteur. Si non elle sera orientée plus près de chez elle : d'où l'utilité du répertoire que chacun peut consulter directement.

 

Les entretiens peuvent se faire avec plusieurs membres de la famille endeuillée, en particulier lorsque des enfants ont perdu un de leurs parents ou lorsque des parents ont perdu un de leurs enfants par suicide.

 

Il est souvent proposé aux personnes qui prennent contact de venir s'intégrer à un groupe de soutien car cette pratique largement répandue a fait preuve de son utilité, en particulier dans les deuils difficiles, pour les enfants et adolescents. Un congrès est prévu à Bruxelles à l'automne 2010 sur ce thème des groupes de soutien. Le contenu des exposés sera ensuite mis à disposition sur ce site.

 

Les associations sont à votre disposition prêtes à vous accueillir.