Qu'est-ce que le deuil ?

QU'EST-CE QUE LE DEUIL ?

 

Ceux qui le vivent et ceux qui l'ont vécu savent bien qu'il est un souffrance déchirante conséquence d'une perte importante irrémédiable. Cette perte est le plus souvent celle d'un être aimé. Sa mort est particulièrement douloureuse du fait qu'elle est irrécusable et irréversible. Mais la séparation d'un couple qu'elle conduise ou non au divorce est aussi très pénible. Enfin le cours de la vie n'est pas avare d'autres pertes d'importance variable dont le poids peut s'accumuler.

 

Etre en deuil c'est souffrir :

Le deuil est une souffrance dont l'intensité est proportionnelle à celle du lien qui nous unissait à celui que nous venons de perdre. Elle nous touche dans toutes les fibres de notre être : le corps souffre et peut tomber malade, le coeur est déchiré et les relations avec les autres ne sont plus les mêmes. Mais chaque deuil est différent comme est singulière la relation qui unit la personne en deuil à son défunt. Chacun a également sa façon de ressentir la douleur et sa manière de l'exprimer lorsqu'il le peut. Cette douleur est le signe du lien d'amour entre ces ces deux personnes, celle qui est en deuil et celle qui est morte. Elle est donc en quelque sorte sacrée. Il ne saurait être question de vouloir la soulager ou la consoler. Ce serait insensé!

Cette douleur est aussi le signe du bouleversement que le deuil provoque. Cette grande épreuve est un vrai traumatisme et une crise qui remet tout en question. L'endeuillé ne se reconnaît plus, il a perdu ses repaires et se sent entre la vie et la mort. Durant les premiers temps il a envie d'aller rejoindre l'être aimé dans la mort. Cette réaction normale ne devient inquiétante que chez les personnes qui avant étaient déjà déprimées et suicidaires. Ceux qui sont en deuil doutent d'avoir encore toute leur raison et se sentent profondément mises à mal. Le deuil en lui-même n'est pas une maladie bien qu'il puisse se compliquer et le devenir. Il est dans l'ordre des choses. C'est une sorte de maladie normale. La vie n'a plus de sens tellement on se sent déchiré avec parfois même une impression d'amputation. 

Le deuil s'accompagne encore de bien d'autres sentiments douloureux comme la colère, l'angoisse, l'impression d'être abandonné, la culpabilité, etc.

Les personnes en deuil ne les ressentent pas toujours consciemment mais il est bien rare qu'ils n'existent pas au fond du coeur. Ainsi les sentiments de culpabilité existent dans presque tous les deuils. C'est parfois une culpabilité consciente lorsqu'on estime avoir des choses à se reprocher vis à vis de son défunt. Même en leur absence les sentiments inconscients de culpabilité sont bien présents comme si l'on se sentait responsables de la mort de l'être aimé. Ils sont particulièrement importants chez les enfants et adolescents qui, en général, n'ont rien à se reprocher. Ils sont également très forts après un suicide. Alors comment arriver à survivre?

 

Comment retrouver sens à la vie?

Le deuil est aussi une transformation, un processus de changement, un changement profond, lent, difficile qui se fait progressivement de manière inconsciente. Certes la douleur et les souvenirs sont bien conscients, trop conscients même mais la tâche du deuil la plus difficile est l'acceptation. Voilà un mot, une réalité que ceux qui sont au commencement des chemins du deuil ne veulent pas entendre. Ce refus initial de la réalité est bien normal; ce n'est pas un signe de mauvais augure s'il ne dure pas trop longtemps. Ce n'est ni la conscience ni la volonté qui font évoluer du "non, ce n'est pas vrai" au "c'est bien la réalité et je n'y peux rien!". Ce travail psychique inconscient d'acceptation se fait au travers de la souffrance et dans l'évocation des souvenirs avec la personne perdue. Qui dit souvenirs dit traces du passé. Alors est-ce qu'il s'agit de mettre cette personne aimée au passé, de l'oublier en quelque sorte? Là encore l'endeuillé se rebelle et il a raison : comment pourrait-on oublier une personne importante pour nous qu'elle soit vivante ou qu'elle soit morte. Nous la portons dans notre coeur jusqu'à la fin de nos jours.

 

Le deuil est changement

Jeannine PILLOT une des fondatrices de l'association JALMALV dit fort justement que "le deuil consiste à transformer l'absence de l'être aimé dans la réalité extérieure en davantage de présence intérieure". Nos morts ne nous quittent pas. Aussi devons-nous être en paix avec eux. C'est une des raisons des rites funéraires. Tout ce qui est fait avant la mort dans l'accompagnement de fin de vie, tout ce qui est fait dans le temps des funérailles est facteur d'apaisement et facilite le deuil qui vient après.

Mais c'est aussi un changement dans les valeurs. La mort de l'être aimé nous parle de la nôtre. Nous voyons alors concrètement que nous aussi nous mourrons un jour : alors qu'est-ce qui est important dans la vie? dans SA vie? Bien des désirs et des soucis superficiels perdent de l'importance et reprennent leur place secondaire alors que les valeurs spirituelles, l'amitié, l'amour, le souci des autres et bien d'autres reviennent au premier plan. Surmonter l'épreuve du deuil, au fil du temps - car il faut du temps -, donne le sentiment de sa force et prépare à rencontrer d'autres situations difficiles. Certaines personnes en deuil font preuve de résilience. D'autres rencontrent des difficultés et vivent des deuils compliqués et pathologiques (voir la rubrique sur les risques du deuil).

 

Le deuil comporte des étapes

lorsqu'on le regarde sous l'angle des comportements. Le début est un état de choc plus marqué lors d'une mort inattendue, traumatique, violente. Mais il ne manque pas après des mois de maladie. La période centrale est un véritable état dépressif qui associe la douleur, la difficulté à fonctionner sur le plan physique des gestes de la vie quotidienne et psychologique (attention, mémoire), enfin une atteinte de l'état général, c'est à dire des troubles du sommeil; de l'appétit et une immense fatigue. Au bout d'un temps variable, la vie reprend goût et le deuil va vers sa terminaison. Le deuil ne connaît pas de durée normale, il faut lui laisser le temps sans penser qu'il est pathologique s'il dure des années; il est seulement difficile comme après la mort d'un enfant ou à la suite d'un suicide.

Le vécu intérieur du deuil, ce qu'on appelle "le travail de deuil", en bonne partie, inconscient ne connaît pas d'étapes particulières. Il s'agit de l'acceptation progressive dans la souffrance et l'évocation des souvenirs. Il est souvent marqué par des identifications partielles au disparu qui ont valeur de transmission : on conserve ainsi une partie du mort en devenant un comme lui. Les sentiments de culpabilité en font aussi partie.

 

Alors qui va pouvoir nous aider?

se reporter à la rubrique Être accompagné.